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juin 2006

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Loi DADVSI

Ce projet de loi (Droits d'auteurs et droits voisins dans la société de l'information) fait suite à l’énorme bévue de Sony. On se rappelle que cette société autre fois légendaire pour se créativité, a récemment vu son image ternie auprès de millions d’internautes suite à l’insertion d’un logiciel dans des CD sensé protéger les contenus, lequel logiciel s’installait sur le PC de l’utilisateur sans sa connaissance.

La nouvelle, reproduite instantanément dans la Blogosphère a coûté à SONY BMG une partie de son goodwill en même temps qu’une fortune en rappel de ces CD et en baisse de ventes. En outre Sony BMG a reçu le prestigieux prix « I am with stupid » décerné par Robert X. Cringley, prix destiné à la plus grande stupidité de l’année.

Avec la loi DADVSI il semblerait que certains membres du gouvernement continuent à ignorer le coût, politique cette fois, de méconnaître les nouvelles réalités de la société de l’information ainsi que les ajustements nécessaires quant aux mesures concernant la reproduction instantanée, les logiciels libres, le P2P et la protection des droits d’auteurs.

Les menaces de sanctions graves face aux nouvelles données du problème de la transmission des connaissances et des contenus sur Internet ne feront qu’inciter les citoyens à la désobéissance civile, si la question n’est pas traitée en profondeur et après un débat avec tous les intéressés et pas seulement sous la pression de grands lobbys.

Les réactions ne se sont pas fait attendre et le site eucd.info a recueilli en quelques jours plus de 130.000 signatures pour une pétition concernant cette loi malencontreuse.

En ce qui concerne la perte progressive de nos libertés, suite au changement de paradigme que les gouvernants se refusent à approfondir dans toutes ses conséquences positives ou négatives, (Réchauffement global, Terrorisme, Piraterie Informatique, Réappropriation de l’information par les particuliers, Manifestations de masse contre les mesures prises par L’OMC ou le FMI et la Banque Mondiale etc.) ceux qui ne se sentent pas encore concernés feraient bien de se souvenir du poème attribué à Martin Niemöller :

First they came for the communists, and I did not speak out—
because I was not a communist;
Then they came for the socialists, and I did not speak out—
because I was not a socialist;
Then they came for the trade unionists, and I did not speak out—
because I was not a trade unionist;
Then they came for the Jews, and I did not speak out—
because I was not a Jew;
Then they came for me—
and there was no one left to speak out.

Hong Kong, OMC et PAC

La politique agricole

Via Campesina    qui représente les petits agriculteurs alter mondialistes conclut, au terme de la réunion de Hong Kong, que la politique de l’OMC est un échec, et que cette organisation ne permet pas le dialogue démocratique. Plus de 1000 manifestants représentants les petites exploitations familiales de nombreux pays ont été arrêtés au cours d’une manifestation pacifique, ce qui fait dire aux organisateurs que l’Organisation Mondiale du Commerce a besoin de moyens forts pour continuer son œuvre de destruction sociale, loin de tout débat public.

Le problème de fond de l’industrialisation de l’agriculture n’est pas celui de la productivité et des coûts. On sait par ailleurs que les subventions à l’agriculture vont en majorité aux grandes exploitations et que quelques multinationales contrôlent déjà le 80% de la distribution de denrées de base telles que le blé, le riz, le soja ou le coton. La disparition progressive de millions d’exploitations familiales avec la réduction de l’emploi dans le secteur agricole, présentée depuis des décennies comme la tendance inévitable du progrès et du développement, ne serait-elle pas une de ces prophéties qui s’auto accomplissent (self fulfilling prophecies) plus tôt qu’un fait dans la nature des choses?

À tant se convaincre que la réduction de la participation de la population active dans l’agriculture d’abord, dans l’industrie ensuite, était signe de progrès dans les pays développés, on a peut être jeté le bébé avec l’eau du bain. Les problèmes de la vache folle, des poulets à la dioxine et aux hormones, ainsi que les épidémies qui exigent de sacrifier des milliards de volailles ou de porcs dans les élevages intensifs sont, au même titre que les problèmes de l’usage massif des insecticides et des engrais chimiques, à mettre sur le compte de l’absurdité de vouloir ramener la nature à une autre activité industrielle.

Mais au delà de la disparition de ces petites exploitations qui affecte tout une économie complémentaire locale ainsi que le maintien du milieu naturel (biodiversité), ne perd–t-on pas également du lien social dont la valeur n’entre jamais dans nos systèmes comptables ? (Ces « externalités » et de plus « intangibles »)

Cathy Reilly, une journaliste du site HappyNews raconte comment, suite au décès accidentel du père de famille d’une ferme de l’Ohio, une quarantaine d’agriculteurs voisins sont venus avec leur matériel pour faire la récolte du maïs dont la subsistance de cette famille dépendait.

Ce qui donne à penser, c’est le commentaire du frère du mort, ex-homme d’affaires qui observe que les gens qui ne connaissent pas le mode de vie de la paysannerie peuvent être surpris par cette solidarité qui fait partie de l’éthique de vie et de travail de ces régions. Ayant grandi lui-même dans ce milieu il se souvient des liens étroits de ces communautés :

“ Les liens au sein du groupe tels que les objectifs et valeurs partagées sont le tissu d’une communauté prospère. En tant que nation, certains problèmes dans nos cités sont à mettre au compte de la disparition de ces liens; mais pour ceux qui vivent dans les zones urbaines, et qui ne connaissent souvent pas le prénom de leurs voisins de palier, cette histoire est bien surprenante. C’est un parfait exemple de la théorie du capital social dont la valeur n’a guère changé dans ces communautés d’agriculteurs ajoute–t-il”

À méditer au vu des récents troubles dans les cités. (Voir également le site des AMAP)

 

 

Terrorismo suicide 2

Un article récent sur le site de la BBC reprend ce thème. Sans citer les livres de Roger Luyckx ou de Robert Pape, l’auteur de l’article analyse le phénomène des femmes qui se suicident armées de bombes personnelles. L’auteur fait remarquer que cette pratique qui se généralise ne cadre pas avec les principes de l’Islam et de al-Quaeda qui relèguent en général la femme au rôle d’épouse fidèle et de mère de combattants mâles.

Il met également en évidence le fait que une proportion importante de ces femmes terroristes suicides ne sont pas des islamistes ou ne sont pas motivées par des croyances religieuses. Elles ont en commun le fait d’être des membres de nations ou d’ethnies qui revendiquent la liberté ou l’indépendance de leurs territoires ou qui réagissent face à des injustices et souffrances imposées par des armées de puissances étrangères.

Le titre de l’article de Neil Arun « Women bombers break new ground » indique bien que le phénomène du terrorisme suicide, loin d’être une action provoquée par des croyances religieuses de nature fondamentaliste, tend à se répandre partout où des forces occupantes très supérieures en nombre et en armement maintiennent des minorités dans la marginalité ou occupent leurs territoires. 

L’auteur cite également l’assassinat de Rajiv Gandhi. On pourrait également parler du cas des indiens au Pérou « suicidés » par l’ex-président Fujimori lors de la prise d’otages à l’ambassade de Suisse. Les femmes étaient également armées de bombes personnelles.

Bref, les conclusions du Professeur Pape semblent se confirmer : les forces armées puissantes occupant des territoires étrangers au nom de la guerre au terrorisme, loin de le contrôler, ne font que le transformer et l’amplifier.

 

Terrorisme suicide et religions

Je lis deux livres simultanément (cela m'arrive) Ils ont tout deux quelque chose d'important en commun. 

Ils contredisent la tendance qui voudrait opposer l'Islam au monde occidental sous le prétexte du fondamentalisme religieux de celui-ci face à la tolérance de nos démocraties. Le premier livre que je relis après un an et demi est publié par l'Harmattan, auteur Marc Luyckx Ghisi, préface de Ylia Prigogine. Il est absolument d'actualité.

Il s'agit d'une enquête menée par ce penseur, docteur en théologie et ex membre de la Cellule  de prospective de jacques Delors.

Dans "AU-DELÀ DE LA MODERNITÉ, DU PATRIARCAT ET DU CAPITALISME", l'auteur explique en des termes très simples et avec des tableaux comparatifs les changements de paradigme. Il parle de la pré-modernité, de la modernité et de la trans-modernité qu'il préfère au terme de post-modernité.

Au cours de la rédaction d'un rapport pour 
la Commission européenne sous la direction de Ricardo Petrella (Programme FAST) intitulé "Les religions face à la science et la technologie, Églises et éthiques après Prométhée", Marc Luyckx explique que, partant de la notion généralisée des différences fondamentales entre les grandes religions, catholicisme, protestantisme, judaïsme, islam et les humanistes, son postulat de départ s'effondre à mi chemin. Cas il découvre bien vite que certains catholiques tiennent les même propos presque mot à mot que des juifs ou des protestants et des membres des autres religions sur des thèmes comme l'avortement ou l'accès des femmes aux gouvernements. Il s'agit de manières de penser communes exprimées parmi des interprétations très différentes.

Les différences entre ces religions sont moins importantes que les différences d'interprétations au sein même de chacune d'elle. Ceci amène l'auteur à postuler et appliquer pour la première fois aux religions l'approche d'un changement de paradigme horizontal et commun à chacune d'elles.
Il cite de nombreux exemples de fondamentalisme tant chez les catholiques que les protestants, juifs ou musulmans mais aussi de nombreux exemples de tolérance et de désaccord sur les mêmes thèmes dans chaque communauté religieuse. 

Bref ce que l'on voudrait nous faire croire au sujet d'une lutte entre religions ne correspond pas aux douleurs de la naissance du nouveau paradigme qui les affecte toutes également. Ce livre est clair écrit pour tous les lecteurs concernés par les nouvelles guerres de religion que l'on tente de justifier sur la base des croyances de ces différentes cultures.

Le deuxième livre touche un aspect particulier de ce danger, le terrorisme suicide imputé à la religion islamique. L'auteur Robert A. Pape est professeur associé de Science politique à l'université de Chicago. Il analyse tous les actes de terrorisme avec suicide et démontre, statistiques à l'appui, que les causes sont bien plus politiques que religieuses et certainement pas la conséquence que l'on attribue aux "fous de dieux" islamistes. Las Tamils du Sri Lanka ne sont pas musulmans et une majorité d'actes terroristes suicides liés aux problèmes du proche orient sont le fait de mouvement laïques. Robert Pape démontre aussi que dans pratiquement tous ces cas la cause principale est toujours, soit l'occupation d'un territoire par une puissance étrangère, soit la revendication de l'indépendance d'un territoire par une majorité ethnique d'habitants. 

"DYING TO WIN" analyse les stratégies de cette forme de terrorisme et prévoit une généralisation dans d'autres cas d'occupation de territoires par des puissances étrangères bien supérieure en armement. Une simple analyse des résultats de ces stratégies obtenues par des mouvements plus politiques que religieux conduit les idéologues et chefs de guerre à adopter les attaques suicides qu'aucune occupation de territoire ne saurait éviter ni réduire, bien au contraire n'en déplaise à Tony Blair et à George Bush.

La leçon que j'en tire est qu'il serait bien dangereux de simplifier ces problèmes en mettant très superficiellement tout sur le compte de phénomènes d'origines religieuses et de confrontation entre grandes civilisations. Rappelons que des jeunes stratèges du Département de la défense Américain s'opposent aux guerres de territoires (en tant que guerres de troisième génération), inutiles ou même à effet contraire pour lutter contre des stratégies de quatrième génération qui sont celles que développent des stratèges de la guerrilla et du terrorisme.

Brevets abusifs

Je reçois un message pour un vote qui concerne la dangereuse tendance des brevets abusifs. Les sites à visiter sont pour voter:
http://www.nosoftwarepatents.com/en/m/ev50/vote.html 

l'explication préalable:  http://wiki.ffii.org/Sejm050216En  

Si ces législations concernant les brevets de logiciel qui mettent en danger toute la communauté des logiciels libres passent "en douceur" notre seule défense sera la désobéissance civile. Heureusement il est encore temps d'agir. Si vous avez des doutes vous pouvez également visiter le blog de Laurence Lessig et même faire une donation pour aider cet infatigable défenseur de nos libertés.


 

 


 

Le Nobel d'économie

 Intelligence collective et coopération

Le Nobel d'économie 2005 rapproche cette science du social, en ce sens qu'il prime le travail de deux chercheurs dans le domaine de la théorie des Jeux développée par Von Neumann durant la 2ème guerre mondiale pour étudier les conflits et la coopération.

Le travail en équipe et le partage des connaissances sont très à la mode. On en parle beaucoup mais on ne les met guère en pratique dans les entreprises.  

L'étude des conflits et des problèmes de la coopération devient une priorité pour l'économie de l'information. Elle dépend en effet de l'intelligence collective et du partage des connaissances, seules solutions viables devant le changement et la complexité.

 Les implications économiques de la coopération, particulièrement là où elle a le plus de chance de fonctionner c'est-à-dire au niveau local et au sein de petites communautés, comme le démontrent les recherches de l'un des Nobel, Robert Aumann, rejoignent le "Small is beautiful" de E.F. Schumacher.

La scission entre le mondialisme et l'alter mondialisme, l'un axé sur les économies d'échelle du gigantisme unifié et sur les bienfaits de la compétition et de la concurrence, l'autre sur la coopération locale et la richesse qu'elle procure et qui constituent la richesse mondiale à partir du partage des connaissances, s'explique par ces deux visions pas nécessairement opposées, mais généralement perçues comme telles dans notre paradigme qui n'a pas encore dépassé le manichéisme du "pour ou contre".  

La coopération vue sous l'angle économique nous ramène au social comme source de la richesse. C'est le gagnant/gagnant qui correspond aux nouveaux moyens disponibles grace au réseau mais encore très peux utilisés à partir des anciens repaires de la pensée économique.

Ce Nobel est un  beau cadeau pour  le projet TP-TS entre autres projets axés sur la coopération. Il arrive à point pour mon Puzzle dont le livre de Axelrod était une des pièces importantes.

J'en profite pour faire une petite digression: Ce Nobel joint deux sciences, l'économie et la sociologie. Dans son dernier livre sur la coopération,  Axelrod observe que les circonstances lui ont permis de joindre trois disciplines. Je traduit ses mots:

"Á ce jour je constate avec joie qu'un spécialiste des sciences politiques a pu adapter un outil des sciences informatiques, et ce faisant, a pu contribuer à la biologie évolutive".

Le Nobel joint deux disciplines, Axelrod en joint trois, nous voila donc sur la bonne voie en matière d'intelligence collective et de coopération..

 

 

 

Le Piano ou le tabouret?

Les monaies (suite)

Le Financial Times, dans un récent article, nous explique que Bruxelles peine à faire respecter les normes sur le déficit budgétaire des membres de l'Union. En 2002 c'était le tandem Allemagne/France qui avait dépassé le seuil. Aujourd'hui ce sont 12 des 25 membres qui se retrouvent hors limite.

Le problème est-il d'approcher le piano, c'est-à-dire les 25 membres, au tabouret de la banque centrale, ou au contraire ce tabouret (la banque centrale et le carcan de Maëstricht) au piano?

Dès que la masse monétaire M1 (c'est-à-dire la monnaie émise) augmente pour faciliter les échanges, on nous agite le drapeau rouge de l'inflation. Mais le niveau d'endettement des états est-il une bonne mesure pour contrôler ce fléau?  Le vrai problème ne serait-t-il pas plus tôt celui de mesurer le rapport entre le degré de l'activité économique et la masse monétaire émise hors crédits qui permet les échanges, et d'ajuster cette masse aux volumes des échanges, comme l'explique très bien A.J. Holbecq dans une série de documents sur la monnaie.

Faudra-t-il que l'ensemble des pays de l'Union dépasse le seuil pour repenser le rôle de la Banque Centrale, en définitive, positionner le tabouret par rapport au piano et non l'inverse?

La vraie question est de savoir si les dogmes établis il y à plus d'un siècle sur la finance et les questions monétaires vont pouvoir se maintenir inamovibles face aux nouvelles connaissances et moyens survenus depuis leur établissement. Car il faut beaucoup de foi pour continuer à croire à ces dogmes à une époque où tout est en train de changer.

Le chômage et la crise

Les monnaies

Au cours de mes recherches pour comprendre la situation qui nous préoccupe tous en ce qui concerne l'environnement qui ne cesse de se détériorer et la crise mondiale qui s'accentue, j'ai adopté l'approche du puzzle.

En recherchant les pièces qui dessinent le tableau général, et en essayant de les assembler en un tout cohérent, j'espérais pouvoir intégrer de nombreuse connaissances et découvertes récentes qui nous permettent de remettre notre horloge social à l'heure des énormes progrès de la science et de la technologie.

D'admirables auteurs et chercheurs comme Bernard Lietaer, André Jacques Holbecq, Silvio Gesell, Paul Glover, Brunnhuber, Margarit Kennedy, Marcos Arruda, E.F Schumacher, Keynes, Dieter Suhr, Jean Noubel et bien d'autres m'ont aidé à comprendre le système financier mondial actuel ainsi que ses défauts.
J'étais arrivé à soupconner que, parmi ces nouvelles avances des connaissances qui modifient nos  perceptions, celles qui concernent le vieillissement de notre système monétaire pointaient vers la source de nombreux  problèmes apparemment insolubles dans le paradigme actuel. Bref le dessin de mon puzzle prenait forme: un motif central se dessinait avec une surprenante clarté.

C'est alors que je suis tombé sur le commentaire d'un Néo-zélandais sur un forum de Yahoo. Curieusement il avait lui aussi voulu assembler les pièces de son puzzle mental, arrivant à la même suspicion.

Encore peu de gens connaissent les monnaies alternatives ou complémentaires. Ceux qui en ont entendu parler ne leurs attachent qu'une valeur marginale. Et pourtant…

 (À suivre)

La nouvelle économie

Le dilemme du Prisonnier et les Sels

 Après quelques jours de voyage, je reprends ma recherche de pièces du puzzle. J'ai terminé le livre de Axelrod. Un peu trop technique et répétitif, c'est toutefois un ouvrage remarquable et indispensable pour comprendre la complexité des interactions sociales. Il a surtout le mérite de démontrer scientifiquement que dans certaines conditions, caractéristiques de nombreuses communautés humaines, les stratégies gagnant/gagnant sont supérieures aux stratégies égoïstes et exagérément compétitives.

En rentrant de Madrid j'ai enfin pu faire un détour par Toulouse et revoir François Plassard dans son pays de "Cocagnes".

J'espérais pouvoir dialoguer pendant deux heures sur les monnaies alternatives, mais heureusement cette espérance a été déçues, car au lieu d'un échange théorique, j'ai pu apprécier ce qui était bien plus important: l'ambiance accueillante et très gratifiante qui règne dans les communautés des Sels. En effet je me suis trouvé avec un groupe bien sympathique, au cours d'un repas improvisé. Cette rencontre avait quelque chose de l'hospitalité proverbiale des Bédouins. Pour couronner le tout, j'ai même eu droit au  rite du partage du pain, rite d'autant plus symbolique que la farine provenait d'un échange monnayé avec des grains (grains de sel ou "Cocagne").

Les Anglo-Saxons utilise l'expression de "Bring the baker in" pour indiquer le succès de ces monnaies alternatives ou complémentaires. En effet l'échange de services solidaires acquiert une valeur économique indiscutable dès lors qu'il permet de couvrir des nécessités primordiales. Faire entrer le boulanger dans la danse est donc important pour la viabilité de la communauté.

J'ai eu également droit à une interview inattendue de la 3 dans une atmosphère de totale spontanéité.

Bref cette expérience m'a pleinement convaincue de la chaleur humaine qui dérive de ces échanges comme résultat d'une économie basée sur la confiance et sur le partage qui ne se limite pas à l'interaction entre vendeur et acheteur, mais qui s'effectue en chaînes d'interactions entre les membres d'un réseau citoyen.

Comme le fait remarquer Bernard Lietaer, ces monnaies d'échanges favorisent une vraie économie locale, tout en "s'éteignant" quand un cycle d'échanges s'est accompli. Elles ne sont donc pas susceptibles de spéculations ou de thésaurisation. En outre, elles ne sont pas d'avantage limitées aux décisions d'un émetteur indépendant. Elles sont donc toujours suffisantes pour les échanges car ce sont ceux-ci qui les créent. Ce sont des instruments qui favorisent l'accès au travail, base de l'échange social, puisque c'est l'activité économique au sein du groupe qui les crée automatiquement. Je repense à la société quaternaire de Roger Sue.

Ce voyage en train m'a également permis d'attaquer le livre "In the Bubble" de John Thackara. Ce sera l'objet d'une prochaine note sur mon parcours de recherche.


Bethechange 7

Roger Sue

Il est sociologue et a enseigné à la Sorbonne. Je viens de relire son livre publié en 1997 par Odile Jacob: "La richesse des hommes, vers la société quaternaire"

Très bien documenté et très clair il résume ce que l'on sait ou ce que l'on pressent et qu'aucun gouvernement ou syndicat n'ose dire tout haut: la démographie, la concentration des grands conglomérats, la pression de la concurrence au niveau mondial, alliées à l'automation et aux nouvelles technologies qui remplacent les personnes même dans le seul secteur susceptible de se substituer à l'industrie: le secteur des services, éliminent ou réduisent graduellement l'emploi, invention de la révolution industrielle.

Dans le meilleur des cas peut-être 50 ou 40% de la population active pourra trouver de vrais emplois à condition de ce recycler régulièrement ou de céder la place à d'autres mieux préparés et plus jeunes.

Mais Roger Sue nous offre une autre pièce du puzzle: la société quaternaire. Par ce terme il désigne surtout la création d'information et de services et par là de vraie richesse que constitue l'activité volontaire ou solidaire dans ce secteur non marchand qui n'à pas encore acquis droit de reconnaissance auprès de la plus part des économistes traditionnels et du système monétaire et financier. Il démontre avec données à l'appui, que ce secteur, souvent subsidié dans le cas d'associations et de ONGs, parce que pas considéré comme ayant droit à la valeur attribuée par le marché aux mêmes activités dans le cadre de contrats formel d'emplois, et le reste du temps non rétribué parce que considéré comme volontariat, apporte en France plus de richesse que tout le secteur marchand. De plus, il nous explique que de par l'apport et le partage de connaissances et de services a valeur sociale, ce secteur quaternaire contribue fortement à alimenter le secteur marchand, lui fournissant compétences, liens sociaux et compléments de services indispensables a la stabilité du système.

Il termine en parlant des monnaies alternatives comme moyen de faire "affleurer" ces richesses et de leur donner la place qu'elles méritent dans une vraie économie et écologie, ce qui n'est pas du tout le cas de nos comptabilités nationales. Toutefois il ne va pas aussi loin que Bernard Lietaer, car ce n'est pas l'objet de son livre, dans la recherche d'une solution passant par l'intégration des monnaies alternatives dans le système monétaire international. Il ne s'agit donc pas de revenir à la Lire ou au Franc comme le voudrait des nostalgiques ou des démagogues, mais bien d'appliquer à l'économie ce que les connaissances acquises au cours des dernières années, en cybernétique, en systémique, dans le domaine du chaos ou de l'étude des phénomènes de réseaux, ou même dans la physique et surtout la biologie,sociologie et les autres sciences du vivant, nous obligent à réintégrer dans des concepts économiques compartimentés et surannés, devenus des territoires de pouvoir dépourvus de connaissance. 

Ce livre mérite d'être lu et médité. À l'époque ou je l'ai lu la première fois j'étais encore en Espagne et j'ai bien regretté qu'il n'ait pas été traduit. Cela nous aurait évité bien des confusions dans l'interminable débat sur l'avenir du télétravail comme solution pour créer de l'emploi, ce qui n'à guère été le cas

Les monnaies alternatives ou complémentaires et systèmes d'échange libre gagnent partout du terrain, péniblement et par absolue nécessité dans bien des cas. Le mérite de les considérer scientifiquement comme une part fondamentale des corrections à apporter aux manques toujours plus graves du concept du marché, revient à l'auteur du "Future of Money" qui, selon le site de Jean Noubel sera bientôt disponible en Français.

Récapitulant les pièces assemblées jusqu'à présent dans mon puzzle:

1) Le Thème du changement de paradigme revient de plus en plus souvent et cette fois ce sont des gurus et des leader du monde de l'entreprise et de la finance qui osent se manifester à partir de l'intelligence émotionnelle, sans pour autant abandonner la rigueur et le réalisme. (Peter Senge, Ray Anderson, Bernard Lietaer)

2) Le système monétaire dans lequel nous vivons et que nous tenons pour évident ou tout au moins "incontournable" (pour utiliser la langue de bois) n'est pas le seul possible et n'a pas toujours été le même au cours de notre histoire. Ses effets sur le type des relations économiques et sociales sont beaucoup plus puissants que nous le croyions. Enfin il est totalement déphasé par rapport à ce que l'on sait aujourd'hui sur la nature des systèmes complexes et de leurs mécanismes de régulation et d'équilibre (homéostasie)

3) La nature n'attendra pas, et les dégâts causés par cette économie de fuite en avant basée sur la croissance et sur l'exploitation de ressources non renouvelables finiront par coûter beaucoup plus cher que tout ce que nous pouvons attendre de la surexploitation de ces ressources ou de nouvelles technologies visant à augmenter le rendement et de là à retarder l'échéance.

4) Les effets pernicieux moins visibles, l'appauvrissement du tiers monde et même des classes moyennes du monde privilégié, vont de la destruction des ressources et mode de vie de nombreuses régions du globe a celle de la biodiversité. La substitution brutale d'économies et de modes de vie traditionnels de nombreux peuples par la mainmise sur la scène mondiale de très grands groupes apparaissant de plus en plus comme de nouveaux monopoles.

5) Nous sommes dans une soi-disant société de l'information dans laquelle les mots qui portent les concepts se sont éloignés progressivement de la réalité par un mécanisme d'abstraction et de "marketing verbal" qui conduit à la pensée unique. L'usage de nombreux termes en dehors de leur contexte respectifs et même souvent en contradiction avec d'autres termes qu'on leur associe, nous fait accepter des "vérités" contraires à l'observation des faits

6) Au lieu de lutter contre le système actuel, certains proposent de le modifier en partant de ses fondements et en s'appuyant sur les structures qui paraissent être parmi les principaux agents de son dérèglement: les grandes entreprises et le secteur monétaire. Cela me parait intelligent et d'ailleurs nombreux sont déjà les esprits critiques au sein même de ce système. En même temps les "créatifs culturels" représentent déjà plus du quart de la population, tout au moins aux USA. Cela ne devrait pas en être très loin en Europe si l'on approfondit l'analyse des débats sur le oui ou le non pour la constitution, indépendamment du discours des partis.

Il est vraiment dommage que l'Europe perde la dernière occasion qui se présente de repenser l'avenir en d'autres termes et de remettre toutes les pendules sociales économiques et scientifiques à l'heure. Prés de la moitié de la population des pays riches, ainsi que des élites des pays en voie de développement nous emboîteraient le pas car ils semblent encore croire à cette aventure européenne dont ils attendaient une nouvelle direction à l'échelle du globe. La deuxième révolution industrielle de Ray Anderson et l'émergence de l'économie quaternaire de Roger Sue sont possibles et nécessaires pour le sauvetage de la planète. Bernard Lietaer nous en donne une des clefs principales. D'autres nous indiquent les moyens de changer de perception et enfin ceux qui accepteraient ce changement sont de plus en plus nombreux.

Je suis à présent dans la lecture de "The Evolution of Co-operation" de Robert Axelrod et de "Neighbor Power" de Jim Diers. Je compte sur eux pour me donner d'autres pistes de ce qui est encore possible. Après je lirai "In the Bubble" de JohnTackara. J'en meurs d'impatience.