La politique agricole
Via Campesina
qui représente les petits agriculteurs alter mondialistes conclut, au
terme de la réunion de Hong Kong, que la politique de l’OMC est un échec, et que cette organisation ne permet pas le dialogue démocratique. Plus
de 1000 manifestants représentants les petites exploitations familiales de
nombreux pays ont été arrêtés au cours d’une manifestation pacifique, ce qui
fait dire aux organisateurs que l’Organisation Mondiale du Commerce a besoin de
moyens forts pour continuer son œuvre de destruction sociale, loin de tout
débat public.
Le problème de
fond de l’industrialisation de l’agriculture n’est pas celui de la productivité
et des coûts. On sait par ailleurs que les subventions à l’agriculture vont en
majorité aux grandes exploitations et que quelques multinationales contrôlent déjà
le 80% de la distribution de denrées de base telles que le blé, le riz, le soja
ou le coton. La disparition progressive de millions d’exploitations familiales
avec la réduction de l’emploi dans le secteur agricole, présentée depuis des
décennies comme la tendance inévitable du progrès et du développement, ne
serait-elle pas une de ces prophéties qui s’auto accomplissent (self fulfilling
prophecies) plus tôt qu’un fait dans la nature des choses?
À tant se
convaincre que la réduction de la participation de la population active dans
l’agriculture d’abord, dans l’industrie ensuite, était signe de progrès dans
les pays développés, on a peut être jeté le bébé avec l’eau du bain. Les
problèmes de la vache folle, des poulets à la dioxine et aux hormones, ainsi
que les épidémies qui exigent de sacrifier des milliards de volailles ou de
porcs dans les élevages intensifs sont, au même titre que les problèmes de
l’usage massif des insecticides et des engrais chimiques, à mettre sur le
compte de l’absurdité de vouloir ramener la nature à une autre activité
industrielle.
Mais au delà de
la disparition de ces petites exploitations qui affecte tout une économie
complémentaire locale ainsi que le maintien du milieu naturel (biodiversité),
ne perd–t-on pas également du lien
social dont la valeur n’entre jamais dans nos systèmes comptables ? (Ces
« externalités » et de plus « intangibles »)
Cathy Reilly, une
journaliste du site HappyNews raconte comment, suite au décès accidentel du père de famille d’une ferme de l’Ohio,
une quarantaine d’agriculteurs voisins sont venus avec leur matériel pour faire
la récolte du maïs dont la subsistance de cette famille dépendait.
Ce qui donne à
penser, c’est le commentaire du frère du mort, ex-homme d’affaires qui observe
que les gens qui ne connaissent pas le mode de vie de la paysannerie
peuvent être surpris par cette solidarité qui fait partie de l’éthique de vie
et de travail de ces régions. Ayant
grandi lui-même dans ce milieu il se souvient des liens étroits de ces
communautés :
“ Les liens au sein du groupe
tels que les objectifs et valeurs partagées sont le tissu d’une communauté prospère.
En tant que nation, certains problèmes dans nos cités sont à mettre au compte
de la disparition de ces liens; mais pour ceux qui vivent dans les zones urbaines, et qui ne
connaissent souvent pas le prénom de leurs voisins de palier, cette histoire
est bien surprenante. C’est un parfait exemple de la théorie du capital social
dont la valeur n’a guère changé dans ces communautés d’agriculteurs
ajoute–t-il”
À méditer au vu des récents
troubles dans les cités. (Voir également le site des AMAP)