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juin 2006

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Terrorisme suicide et religions

Je lis deux livres simultanément (cela m'arrive) Ils ont tout deux quelque chose d'important en commun. 

Ils contredisent la tendance qui voudrait opposer l'Islam au monde occidental sous le prétexte du fondamentalisme religieux de celui-ci face à la tolérance de nos démocraties. Le premier livre que je relis après un an et demi est publié par l'Harmattan, auteur Marc Luyckx Ghisi, préface de Ylia Prigogine. Il est absolument d'actualité.

Il s'agit d'une enquête menée par ce penseur, docteur en théologie et ex membre de la Cellule  de prospective de jacques Delors.

Dans "AU-DELÀ DE LA MODERNITÉ, DU PATRIARCAT ET DU CAPITALISME", l'auteur explique en des termes très simples et avec des tableaux comparatifs les changements de paradigme. Il parle de la pré-modernité, de la modernité et de la trans-modernité qu'il préfère au terme de post-modernité.

Au cours de la rédaction d'un rapport pour 
la Commission européenne sous la direction de Ricardo Petrella (Programme FAST) intitulé "Les religions face à la science et la technologie, Églises et éthiques après Prométhée", Marc Luyckx explique que, partant de la notion généralisée des différences fondamentales entre les grandes religions, catholicisme, protestantisme, judaïsme, islam et les humanistes, son postulat de départ s'effondre à mi chemin. Cas il découvre bien vite que certains catholiques tiennent les même propos presque mot à mot que des juifs ou des protestants et des membres des autres religions sur des thèmes comme l'avortement ou l'accès des femmes aux gouvernements. Il s'agit de manières de penser communes exprimées parmi des interprétations très différentes.

Les différences entre ces religions sont moins importantes que les différences d'interprétations au sein même de chacune d'elle. Ceci amène l'auteur à postuler et appliquer pour la première fois aux religions l'approche d'un changement de paradigme horizontal et commun à chacune d'elles.
Il cite de nombreux exemples de fondamentalisme tant chez les catholiques que les protestants, juifs ou musulmans mais aussi de nombreux exemples de tolérance et de désaccord sur les mêmes thèmes dans chaque communauté religieuse. 

Bref ce que l'on voudrait nous faire croire au sujet d'une lutte entre religions ne correspond pas aux douleurs de la naissance du nouveau paradigme qui les affecte toutes également. Ce livre est clair écrit pour tous les lecteurs concernés par les nouvelles guerres de religion que l'on tente de justifier sur la base des croyances de ces différentes cultures.

Le deuxième livre touche un aspect particulier de ce danger, le terrorisme suicide imputé à la religion islamique. L'auteur Robert A. Pape est professeur associé de Science politique à l'université de Chicago. Il analyse tous les actes de terrorisme avec suicide et démontre, statistiques à l'appui, que les causes sont bien plus politiques que religieuses et certainement pas la conséquence que l'on attribue aux "fous de dieux" islamistes. Las Tamils du Sri Lanka ne sont pas musulmans et une majorité d'actes terroristes suicides liés aux problèmes du proche orient sont le fait de mouvement laïques. Robert Pape démontre aussi que dans pratiquement tous ces cas la cause principale est toujours, soit l'occupation d'un territoire par une puissance étrangère, soit la revendication de l'indépendance d'un territoire par une majorité ethnique d'habitants. 

"DYING TO WIN" analyse les stratégies de cette forme de terrorisme et prévoit une généralisation dans d'autres cas d'occupation de territoires par des puissances étrangères bien supérieure en armement. Une simple analyse des résultats de ces stratégies obtenues par des mouvements plus politiques que religieux conduit les idéologues et chefs de guerre à adopter les attaques suicides qu'aucune occupation de territoire ne saurait éviter ni réduire, bien au contraire n'en déplaise à Tony Blair et à George Bush.

La leçon que j'en tire est qu'il serait bien dangereux de simplifier ces problèmes en mettant très superficiellement tout sur le compte de phénomènes d'origines religieuses et de confrontation entre grandes civilisations. Rappelons que des jeunes stratèges du Département de la défense Américain s'opposent aux guerres de territoires (en tant que guerres de troisième génération), inutiles ou même à effet contraire pour lutter contre des stratégies de quatrième génération qui sont celles que développent des stratèges de la guerrilla et du terrorisme.

Brevets abusifs

Je reçois un message pour un vote qui concerne la dangereuse tendance des brevets abusifs. Les sites à visiter sont pour voter:
http://www.nosoftwarepatents.com/en/m/ev50/vote.html 

l'explication préalable:  http://wiki.ffii.org/Sejm050216En  

Si ces législations concernant les brevets de logiciel qui mettent en danger toute la communauté des logiciels libres passent "en douceur" notre seule défense sera la désobéissance civile. Heureusement il est encore temps d'agir. Si vous avez des doutes vous pouvez également visiter le blog de Laurence Lessig et même faire une donation pour aider cet infatigable défenseur de nos libertés.


 

 


 

Le Nobel d'économie

 Intelligence collective et coopération

Le Nobel d'économie 2005 rapproche cette science du social, en ce sens qu'il prime le travail de deux chercheurs dans le domaine de la théorie des Jeux développée par Von Neumann durant la 2ème guerre mondiale pour étudier les conflits et la coopération.

Le travail en équipe et le partage des connaissances sont très à la mode. On en parle beaucoup mais on ne les met guère en pratique dans les entreprises.  

L'étude des conflits et des problèmes de la coopération devient une priorité pour l'économie de l'information. Elle dépend en effet de l'intelligence collective et du partage des connaissances, seules solutions viables devant le changement et la complexité.

 Les implications économiques de la coopération, particulièrement là où elle a le plus de chance de fonctionner c'est-à-dire au niveau local et au sein de petites communautés, comme le démontrent les recherches de l'un des Nobel, Robert Aumann, rejoignent le "Small is beautiful" de E.F. Schumacher.

La scission entre le mondialisme et l'alter mondialisme, l'un axé sur les économies d'échelle du gigantisme unifié et sur les bienfaits de la compétition et de la concurrence, l'autre sur la coopération locale et la richesse qu'elle procure et qui constituent la richesse mondiale à partir du partage des connaissances, s'explique par ces deux visions pas nécessairement opposées, mais généralement perçues comme telles dans notre paradigme qui n'a pas encore dépassé le manichéisme du "pour ou contre".  

La coopération vue sous l'angle économique nous ramène au social comme source de la richesse. C'est le gagnant/gagnant qui correspond aux nouveaux moyens disponibles grace au réseau mais encore très peux utilisés à partir des anciens repaires de la pensée économique.

Ce Nobel est un  beau cadeau pour  le projet TP-TS entre autres projets axés sur la coopération. Il arrive à point pour mon Puzzle dont le livre de Axelrod était une des pièces importantes.

J'en profite pour faire une petite digression: Ce Nobel joint deux sciences, l'économie et la sociologie. Dans son dernier livre sur la coopération,  Axelrod observe que les circonstances lui ont permis de joindre trois disciplines. Je traduit ses mots:

"Á ce jour je constate avec joie qu'un spécialiste des sciences politiques a pu adapter un outil des sciences informatiques, et ce faisant, a pu contribuer à la biologie évolutive".

Le Nobel joint deux disciplines, Axelrod en joint trois, nous voila donc sur la bonne voie en matière d'intelligence collective et de coopération..