Be the Change
6
J'avoue avoir un
problème avec une pièce principale de mon puzzle: L'environnement et l'écologie.
Vandana Shiva est Physicienne quantique. Elle a abandonné son activité dans ce
domaine pour se dédier totalement à la défense de la vie et de la biodiversité
face aux tentatives de l'Organisation Mondiale du Commerce et de quelques
multinationales bien connues de créer un monopole planétaire sur l'agriculture.
C'est bien entendu dans des pays en voie de développement que les tentatives de
s'approprier de la nature sont les plus fréquentes. L'Inde, économie
essentiellement agricole, n'échappe pas à ce que Vandana appelle la bio piraterie.
Elle la définit
comme l'appropriation de biens naturels et de connaissances ancestrales dont on
se rend propriétaire par des brevets pour ensuite faire payer aux fermiers des
royalties sur ce qui leur avait toujours appartenu.
Le cas de l'arbre
Neem est très illustratif. Elle a
réussi à empêcher, après onze ans de lutte, la prise de brevets sur des extraits
de cet arbre aux nombreuses propriétés médicinales et pesticides, cultivé et
largement utilisé depuis des siècles C'est
le 8 mars 2005, jour international de la femme, qu'elle
a eu l'immense satisfaction de voir H.R. Grace et le département Américain de
l'Agriculture perdre devant la cour d'appel de l'office Européen des brevets le
cas d'une demande de propriété intellectuelle sur le Neem. C'est aussi le cas
du fameux riz Basmati dont une entreprise du Texas voulait breveter toutes les
caractéristiques et dont la demande n'a pas été acceptée suite aux
protestations de l'Inde.
Vandana nous a
dit: Ouvrir les vannes de la dépose de brevets pour n'importe quoi, ne plus
savoir quand on dépasse les limites a causé de graves problèmes. Premièrement cela
a permis de définir la vie comme une invention humaine et cette fierté mal placée
nous empêche de rétablir notre relation avec la nature. Cela a également permis
cette bio piraterie dont elle donne trois exemples.
La difficulté de
présenter rationnellement cette partie du puzzle résulte de la complexité
infinie de la nature et de l'intégration de ce que nous percevons dans notre
culture comme éléments indépendants. Or ce n'est pas seulement du raisonnement et du
rationnel qu'il faut pour comprendre la biodiversité dont nous savons encore très
peu, c'est aussi de l'intuition et beaucoup d'intelligence émotionnelle. Ma
culture occidentale ne m'a guère préparé pour exprimer ce que je ressens et ce
qu'une rare intelligence issue d'une culture millénaire et beaucoup plus raffinée sait si bien exprimer.
J'ai donc choisi de demander la permission de traduire le texte de sa
conférence et de pouvoir le publier. J'attends la réponse et j'espère tout au
moins pouvoir créer un lien vers ce document lorsqu'il sera traduit.
Jusqu'ici, j'avais,
avec Ray Anderson et Bernard Lietaer, deux pièces qui dessinent la possibilité
d'une nouvelle économie. Elles viennent toutes les deux de représentants de l'orthodoxie,
peux susceptibles d'être targués de simples critiques issus du tiers monde.
Cette nouvelle pièce,
située au centre de l'image, qui nous vient de l'Asie, la lutte pour la biodiversité
et contre l'attitude agressive envers la terre, conséquence d'une pensée économique
unique et réductrice, constitue l'enjeu définitif: mon image sera une planète
morte et tout le monde aura perdu, ou elle sera une planète en danger mais peut
être encore susceptible de sauvetage et la vision de la troisième révolution
industrielle (et économique)aura prévalu.
Résumant:
1) Le système monétaire
basé sur les intérêts positifs peut laisser place à un système de plusieurs
monnaies dont une au moins à intérêt négatif. De tels systèmes ont été utilisés
au cours de l'histoire et certains sont passés de 100 à plus de 5000 en quinze
ans. C'est un banquier, nommé en 89 par Newsweek premier expert international
sur les monnaies, qui le propose. Un tel système favoriserait les décisions à long termes.
2) Un entreprise
aussi contaminante qu'un fabricant de moquettes, qui utilise presque exclusivement
des dérivés du pétrole et des solvants toxiques et qui vend ces produits (dont
la vie sur les décharges atteint 200.000 ans) peut se fixer l'objectif de ne
plus employer que des produits naturels ou totalement recyclables sans devoir
faire appel à d'autres ressources terrestre non renouvelables y compris pour l'énergie
nécessaire à la production, et y parvenir graduellement sans diminuer ses bénéfices
et en créant de nouvelles technologies "propres, et de l'emploi dans ces
recherches.
Elle peut également
changer les règles habituelles du commerce en ne vendant plus ces produits,
mais en en vendant le service, tout en prenant en charge fabrication,
entretient et recyclage, et en faire un succès auprès de ses clients et un motif
d'orgueil pour ses employés.
3) La lutte
infatigable de nombreuses femmes Indiennes et américaines permet de stopper des
brevets iniques en utilisant les plus hautes institutions et de façon pacifique.
D'autres pièces
m'attendent et bien qu'il m'en manquera certainement plusieurs pour avoir une
image parfaite, et que certaines ne s'encastreront pas encore dans les espaces
vides, une ébauche plausible se dessine déjà et elle n'est plus aussi utopique qu'il n'apparaissait hier encore.