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juin 2006

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Le referendum, une occasion perdue

Tinking of thinking
Je suis désorienté par les conclusions d'un magnifique débat qui est malheureusement resté sur la vieille dichotomie social-protective et destructif-creative, sans jamais s'approcher réellement de la question fondamentale d'un malaise du XXIème siècle qui n'arrive pas à s'exprimer, si ce n'est qu'avec de vieux mots.

Le vrai problème sous-jacent:

Nombreux scientifiques de premier plan, des économistes, des Nobel de toutes disciplines s'accordent à donner à la vie telle que nous la connaissons et telles qu'elle s'est construite sur quelques milliards d'années, entre 30 et 50 ans, 100 ans maximum.

À partir de cette constatation les scénarios abondent. Mais comme le fait très bien remarquer un humoriste, cette échéance (100 ans si vous préférez, moi je crois que c'est plus tôt 30 ans avec l'aide de la Chine), comme celle des yoghourts n'a pas lieu exactement à la douzième heure du jour indiqué sur l'emballage.

Donc les conséquences se font déjà sentir et les mécanismes qui amèneront l'échéance auront des effets irrécupérables bien avant le dénouement. Prétendre que d'autres vont faire le travail après nous, ou que les corrections vont s'accélérer de manière à éviter la catastrophe est la politique de l'autruche. Les signes de perturbations de très longues durées sont déjà visibles.

Les vieux mots:

On les connaît: le pour ou le contre, la politique de l'époque industrielle et de l'emploi à n'importe quel coût écologique d'un coté, les nouvelles technologies, la société immatérielle, une économie "pure" et la main invisible à tout azimut de l'autre coté. Bref le simplifié et le très cours terme du système conceptuel en vigueur et pas remis en cause, face au très long terme des mesures sur lesquelles se joue une échéance, elle à moyen terme.

Tous ces mots sont apparus dans le débat, mais à aucun moment le problème du vaisseau qui coule pendant qu'on discute du cap ou de la voilure. Et pourtant je crois que cette menace est ressentie par une très grande majorité même si elle ne s'exprime généralement qu'en privé. Chaque fois que j'ai pu en parler avec des gents, qu'ils se considèrent de gauche ou de droite, cultivés et bien informés ou solidaires, pratiques et de sens commun sans grande formation, ils m'ont communiqué une impuissance et même, et cela est plus inquiétant, l'acceptation de l'inévitable. Or il est plus tranquillisant pour l'empereur de jouer du violon quand Rome brûle

Après l'Intelligence Émotionnelle, Goleman avait écrit Le point aveugle. Nos dirigeants feraient bien de le lire. Il faudrait peut être plus souvent "penser sur nos pensées

 Je me refuse à croire que l'Europe ne pourrait pas faire bien d'avantage dans ce sens, et, s'il vous plait les politiciens, cessez de vous targuer des bienfaits qu'ont apporté Schuman, Jean Monnet, De Gasperi, Adenauer et d'autres. La Pax Europea était déjà bien acquise grâce à leurs efforts. J'ai bien connu cette époque passionante et je ne l'oublie pas. Nous avons bien d'autres défis à relever aujourd'hui.

La Bio piraterie

Be the Change 6

J'avoue avoir un problème avec une pièce principale de mon puzzle: L'environnement et l'écologie. Vandana Shiva est Physicienne quantique. Elle a abandonné son activité dans ce domaine pour se dédier totalement à la défense de la vie et de la biodiversité face aux tentatives de l'Organisation Mondiale du Commerce et de quelques multinationales bien connues de créer un monopole planétaire sur l'agriculture. C'est bien entendu dans des pays en voie de développement que les tentatives de s'approprier de la nature sont les plus fréquentes. L'Inde, économie essentiellement agricole, n'échappe pas à ce que Vandana appelle la bio piraterie.

 Elle la définit comme l'appropriation de biens naturels et de connaissances ancestrales dont on se rend propriétaire par des brevets pour ensuite faire payer aux fermiers des royalties sur ce qui leur avait toujours appartenu.

Le cas de l'arbre Neem est très illustratif. Elle a réussi à empêcher, après onze ans de lutte, la prise de brevets sur des extraits de cet arbre aux nombreuses propriétés médicinales et pesticides, cultivé et largement utilisé depuis des siècles  C'est le 8 mars 2005, jour international de la femme, qu'elle a eu l'immense satisfaction de voir H.R. Grace et le département Américain de l'Agriculture perdre devant la cour d'appel de l'office Européen des brevets le cas d'une demande de propriété intellectuelle sur le Neem. C'est aussi le cas du fameux riz Basmati dont une entreprise du Texas voulait breveter toutes les caractéristiques et dont la demande n'a pas été acceptée suite aux protestations de l'Inde.

Vandana nous a dit: Ouvrir les vannes de la dépose de brevets pour n'importe quoi, ne plus savoir quand on dépasse les limites a causé de graves problèmes. Premièrement cela a permis de définir la vie comme une invention humaine et cette fierté mal placée nous empêche de rétablir notre relation avec la nature. Cela a également permis cette bio piraterie dont elle donne trois exemples.

La difficulté de présenter rationnellement cette partie du puzzle résulte de la complexité infinie de la nature et de l'intégration de ce que nous percevons dans notre culture comme éléments indépendants.  Or ce n'est pas seulement du raisonnement et du rationnel qu'il faut pour comprendre la biodiversité dont nous savons encore très peu, c'est aussi de l'intuition et beaucoup d'intelligence émotionnelle. Ma culture occidentale ne m'a guère préparé pour exprimer ce que je ressens et ce qu'une rare intelligence issue d'une culture millénaire et beaucoup plus raffinée sait si bien exprimer. J'ai donc choisi de demander la permission de traduire le texte de sa conférence et de pouvoir le publier. J'attends la réponse et j'espère tout au moins pouvoir créer un lien vers ce document lorsqu'il sera traduit.

Jusqu'ici, j'avais, avec Ray Anderson et Bernard Lietaer, deux pièces qui dessinent la possibilité d'une nouvelle économie. Elles viennent toutes les deux de représentants de l'orthodoxie, peux susceptibles d'être targués de simples critiques issus du tiers monde.

Cette nouvelle pièce, située au centre de l'image, qui nous vient de l'Asie, la lutte pour la biodiversité et contre l'attitude agressive envers la terre, conséquence d'une pensée économique unique et réductrice, constitue l'enjeu définitif: mon image sera une planète morte et tout le monde aura perdu, ou elle sera une planète en danger mais peut être encore susceptible de sauvetage et la vision de la troisième révolution industrielle (et économique)aura prévalu.

 Résumant:

1) Le système monétaire basé sur les intérêts positifs peut laisser place à un système de plusieurs monnaies dont une au moins à intérêt négatif. De tels systèmes ont été utilisés au cours de l'histoire et certains sont passés de 100 à plus de 5000 en quinze ans. C'est un banquier, nommé en 89 par Newsweek premier expert international sur les monnaies, qui le propose. Un tel système  favoriserait les  décisions à long termes.

2) Un entreprise aussi contaminante qu'un fabricant de moquettes, qui utilise presque exclusivement des dérivés du pétrole et des solvants toxiques et qui vend ces produits (dont la vie sur les décharges atteint 200.000 ans) peut se fixer l'objectif de ne plus employer que des produits naturels ou totalement recyclables sans devoir faire appel à d'autres ressources terrestre non renouvelables y compris pour l'énergie nécessaire à la production, et y parvenir graduellement sans diminuer ses bénéfices et en créant de nouvelles technologies "propres, et de l'emploi dans ces recherches.

Elle peut également changer les règles habituelles du commerce en ne vendant plus ces produits, mais en en vendant le service, tout en prenant en charge fabrication, entretient et recyclage, et en faire un succès auprès de ses clients et un motif d'orgueil pour ses employés.

3) La lutte infatigable de nombreuses femmes Indiennes et américaines permet de stopper des brevets iniques en utilisant les plus hautes institutions et de façon pacifique.

D'autres pièces m'attendent et bien qu'il m'en manquera certainement plusieurs pour avoir une image parfaite, et que certaines ne s'encastreront pas encore dans les espaces vides, une ébauche plausible se dessine déjà et elle n'est plus aussi utopique qu'il n'apparaissait hier encore.

 

Be the Change 5

L'enfant de demain

En définitive le livre de Ray Anderson présente la deuxième révolution industrielle comme l'application de toutes nos connaissances technologiques pour réduire et éliminer progressivement tout processus qui extrait de a Terre des ressources non renouvelables, non recyclables ou pouvant émettre des sous-produits toxiques difficilement ou pas recyclables par la nature.

Cette révolution aurait le double avantage d'être totalement soutenable sans mettre les générations futures en péril et de substituer les coûts énormes des empreintes écologiques en libérant ainsi les moyens pour créer l'emploi nécessaire à cette reconversion économique. Réconcilier les technophobes et les technophiles en substituant nos technologies actuelles par des eco-technologies, sans revenir au "bon vieux temps" des nostalgiques. Cela semble une décision tout à fait raisonnable et viable, avec certains risques et difficultés d'adaptation progressive, mais naturellement gênante pour les utopistes du statu quo.

Recréer le plein emploi en sauvant la planète, un plein emploi de chercheurs infatigables et motivés, de collaborateurs du changement, d'artisans de la biosphère, d'éducateurs ayants récupéré leur mission, de communautés impliquées; qui dit mieux?

Sans vouloir dévoiler tous les joyaux de ce livre passionnant j'aimerais quand même citer cette poésie mise en chanson sur l'enfant de demain qui fut un des résultats de la réunion de Maui car elle est au centre de mon puzzle:

Tomorrows's Child

Without a name; an unseen face

And knowing not your time nor place

Tomorrow's Child, though yet unborn,

I met you first last Tuesday morn.

 

A wise friend introduced us two,

And through his shining point of view

I saw a day that you would see;

a day for you, but not for me.

 
Knowing you has changed my thinking,

For I never had an inkling

That perhaps the things I do

Might someday, somehow, threaten you.

 
Tomorrow's Child, my daughter–son,

I'm afraid I just begun

To think of you and of your good,

Though always having known I should.

 
Begin I will to weigh the cost

Of what I squander; what is lost

If I ever forget that you

will someday come to live here too.

(Glenn Thomas)

Be the Change 4

Coté entreprise

La monnaie est évidemment à la base du système, mais est-il possible de changer ce système à partir de ce qui le caractérise par dessus tout? On sait que ce qui se joue quotidiennement au grand casino financier représente plus de cents fois le volume d'argent qui finance vraiment l'activité économique Peut-on attaquer le problème dans ses racines ou faut-il commencer par les branches?.

Quel changement peut on donc espérer du coté des entreprises, car celles-ci seront et sont déjà affectées par les problèmes écologiques avant les banques et la finance.

Interface Carpet est un cas d'étude. Son fondateur et PDG, Ray Anderson nous explique, dans un livre "incontournable" (si ce mot veut encore dire quelque chose!), comment il conçoit le changement. Il va beaucoup plus loin que les programmes des gouvernements connus sous le signe du Facteur 4 et 10

En effet il se propose tout d'abord d'être totalement soutenable dans les prochaines années, c'est-à-dire non seulement de ne plus utiliser des ressources non renouvelables mais aussi de n'utiliser pour ce faire, aucun processus qui comporte de agents toxiques et contaminants. Au de la de ce seuil qu'aucun gouvernement n'entrevoit à moyen terme, il désire arriver à corriger les effets négatifs déjà créés.

La réduction de la consommation des matières non renouvelables par l'informatique et la révolution du silicium  ainsi que les grandes espérances sur la réduction du traffic due au télétravail ne se sont pas matérialisées. Il faut savoir qu'un PC de 5 kilos demande pour sa fabrication entre 8 et 20 tonnes de matériaux extraits et traités . Si l'on ajoute la pratique commerciale de l'obsolescence programmée pour maintenir la croissance et la consommation, on comprendra que le recyclage pour lequel on demande la collaboration des utilisateurs n'est qu'un manière de nous faire croire que les choses vont mieux, tout en continuant á nier les vraies échéances.

Ce qui est très intéressant au sujet de Interface Carpet, c'est la définition adoptée pour le gâchis ou les déchets: tout ce qui n'apporte pas d'utilité au produit, tout ce qui constitue les déchets rejetés à la décharge, ainsi que tout ce qui consume des ressources non renouvelables y compris l'énergie destinée à la fabrication est considéré comme tel et doit être éliminé.

Un autre but de IC est la recherche de "l'Écosense" Ce terme désigne l'élimination de tout impact négatif directe ou indirecte sur les nappes phréatiques, rejets toxiques potentiels, destruction d'habitats, émissions de CO2 etc. Pour mesurer ce concept économique qui échappe à nos moyens actuels Ray Anderson parle de la nécessité d'une "Monnaie de Dieu"

En fait cette monnaie et la nouvelle science économique inventée par Ray (l'Econométrique) sont l'équivalent de la monnaie "Terra" proposée par B. Lietaer, cette monnaie basée sur un panier de valeurs écologiques qui est indispensable au salut de la planète. Encore une pièce du puzzle qui s'encastre dans l'image qui se dessine!

Pour ceux qui veulent approfondir la question de ce que Ray appelle la deuxième révolution industrielle, il faut absolument lire "Mid-Course Correction" (Chelsea Green Publishing Co ISBN 0-9635953-5-4) Le président de Interface Carpet propose la substitution des technologies actuelles qui favorisent la production et le rendement par de nouvelles technologies favorisant l'environnement ce qui aurait pour effet de remplacer l'emplois de ressources non renouvelables par la création d'emplois humains.

L'expérience de IC démontre que si l'on adopte cette approche holiste d'une vraie comptabilité qui inclut les externalités (tous les effets négatifs indirects) on peut recréer l'emploi sans réduire les profits. Le chiffre d'affaire et les bénéfices de Interface Carpet ont considérablement augmenté suite à cette nouvelle orientation et cette entreprise jouit d'un prestige grandissant alors que beaucoup d'autres sont remises en cause pour les dégâts qu'elles causent et pour leur politique de rapine, comme nous le verrons en écoutant le message de Vandana Shiva.

Be the Change 3

Toujours sur la monnaie
Bernard Lietaer ne propose pas l'abandon des monnaies traditionnelles, mais bien la création de moyens additionnels pour répondre à des nécessités du système social et économique. Lorsqu'il a commencé à s'intéresser aux SEL (systèmes d'échange libres) dans les années 90 il en existaient une centaine. Aujourd'hui il y en a plus de 5000. Tout cela me passionne. Je cherche donc des pistes pour placer des pièces manquantes dans mon puzzle.

J'en trouves trois: François Plassard avec qui j'ai eu le privilège de communier brièvement dans le cadre d'un très beau petit projet Européen malheureusement rendu éphémère par des politiciens locaux. François m'avait parlé des SEL de Toulouse.
(www.selidaire.org/spip/article.php3?id_article=469%20-%2048k) 
Pour ceux que l'humain intéresse, il faut lire le petit livre de François sur le temps choisi, publié par les Éditions Charles Léopold Mayer (ISBN: 2-84377-004-1) La préface d'Albert Jacquard est un vrai régal.

Ayant pris connaissance des SEL (ou LET en Anglais), j'était déjà plus réceptif lorsque, parcourant la Castellana à Madrid avec Edward de Bono en 1992, le père de la pensée latérale me rappela qu'aucun système complexe ne pouvait fonctionner indéfiniment avec un unique moyen de réglage et de rétro alimentation. En effet, les corrections ne sont pas amorties. Trop brusques et s'amplifiant elle créent de violentes vibrations qui affaiblissent le système et qui finissent par le détruire. (Pour le réglage cybernétique, lire "designing freedom" de Stafford Beer)  C'est le cas, me disait de Bono, du système économique mondial que l'on prétend régler avec les taux d'intérêts d'une seule monnaie.

Cela me paraissait évident. Ce qui l'était moins alors c'est que marché inventait déjà de nombreux systèmes parallèles de moyens d'échange ou monnaies privées basées sur la confiance des citoyens. Lietaer nous dit que, par exemple, les bons pour les "frequent fliers" représentent des échanges de milliards de dollars. Les "stamps" ou "bons" de tout genre sont autant de sous-système de réglage de secteurs économiques particuliers.

De Bono proposait des monnaies sectorielles. En période d'inflation on pourrait penser à contrôler la monnaie globale tout en ne réduisant pas le flux de monnaies limitées à des secteurs très sensibles comme le logements, l'alimentation, l'éducation etc.

Troisième piste: Elisabet Sahtouris utilise l'exemple du corps humain, système complexe et parfaitement auto réglés s'il en est, en proposant ce qui nous semble logique dans notre optique économique du marché: le Cœur établirait périodiquement le prix du sang en fonction du coût de la moelle épinière et l'enverrait aux organes disposés à payer ce prix. Combien de temps pourrions-nous subsister?

Les monnaies à taux d'intérêt négatif (voir: demurrage, surestarie ou redevances de stationnement) ont existé à différentes époques et en général dans des cultures matristiques (j'utilise le mot de Maturana qui distingue matriarcal et matristique), et en particulier au temps des cathédrales, ce qui fait dire à Bernard Liétaer qu'elles favorisaient les projets de longue durée.

J'ai la sensation d'avoir ajusté un petit ensemble de pièces de mon puzzle et je continue en utilisant les bords de l'image, ce qui facilite les choses. Je repense aux "enfants du verseau" et cela me rappelle que je dois mettre Marylin Ferguson parmi mes héros. Une recherche dans Google m'a conduit par le truchement des "enfants du verseau" à cette page en Français sur les Créatifs Culturels et le changement.

Be the change 2

De retour de Londres j'ai lassé les pièces du puzzle se décanter afin de reconstituer l'image globale de ces trois jours mémorables. Naturellement il s'agit de mon image, pas nécessairement celle d'un autre participant. Toutefois comme cette image peut surprendre, et certains la trouveront utopique ou trop éloignée de la réalité, je commencerai par une des dernières présentations, celle d'un personnage peu susceptible d'être, comme on m'a un jour défini, "un doux rêveur".

Il s'agit d'un banquier et expert en monétarisme et pas des moindres puisqu'il a été un des architectes de l'Euro, ainsi que directeur d'un des plus grands fonds d'investissement. Bernard Lietaer a occupé un très haut poste à la banque nationale de Belgique durant 4 ans. On trouve son CV sur les sites qui parlent de son dernier livre, "The Future of Money" (http://www.transaction.net/money/book/index.html)

Si vous faites des recherches, attachez vos ceinturons car le pronostic en ce qui concerne le système monétaire international n'est pas au beau fixe. Mais ce qui est particulièrement frappant c'est que cet expert propose différents systèmes d'échanges de nature privée pour éliminer ce qu'il considère comme la base des contradictions de notre économie globale qui est incapable de créer de la richesse tout en préservant notre vaisseau spatial. Afin que chacun puisse se faire une idée, je me limiterai à indiquer les sites où on peut trouver des textes relatifs aux fondements de cette approche. The future of Money est un livre à ne pas manquer: Lecture urgente

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire de la ville de Wörgl en Autriche au cœur de la grande dépression en 1932 vous trouverez un exemple de ce qui s'est fait et qui a fonctionné au point de créer une réaction en chaîne. Si cette réussite n'avait pas été aussi contagieuse, les autorités monétaires en place ne se seraient pas vues obligées à  interdire une initiative sans avenir.

Souvenons nous aussi que Muhamad Yunnus de la banque des pauvres, GRAMEEN, raconte avoir obtenu de la Bnaque Mondiale qu'elle modifie ses normes pour qu'il accepte le de financement qu'elle désirait offrir pour ne pas être absente dans un mouvement qui rencontrait trop de succès et qui a été reproduit dans plus de 50 pays.

Lire également cette page

En résumé les raisons pour s'attendre au changement de paradigme ne manquent pas, elles nous proviennent de nombreuses sources de plus en plus autorisées dans des domaines qui vont de la finance à l'énergie, à l'environnement, la santé, la géopolitique, la démographie et tout cela au moment où la science elle-même est en train de changer de paradigme suite à de très récentes découvertes de la paléontologie, de l'exploration dans l'espace, de la biologie dans les grands fonds marins, de la physique et des logiciels sociaux et phénomènes de réseaux, entre autres.

 Toujours sur le même thème  des monnaies: http://www.itk.ntnu.no/ansatte/Andresen_Trond/finans/others/interest-free-money.txt

http://www.transaction.net/

http://www.gogo-regios.com/

http://www.reinventingmoney.com/index.php

L'utopie aujourd'hui est du coté de ceux qui pensent pouvoir continuer le systhème en vigueur. Ce sont des rêveurs, mais pas nécessairement doux.

Be The change2005

"Be The Change"2005 part de la conviction que la planète ne peut être sauvée que par un profond changement personnel. Il faut réapprendre à être à l'écoute de la totalité que l'on trouve au plus profond de soi-même et développer cette conscience de l'univers et de l'appartenance à un tout qui naît dans le silence et dans la méditation. La réalité est omni-centrique; chacun croit qu'elle est unique mais elle est la somme de toutes les réalités perçues. Ces réalités sont celles des paradigmes de chaque époque et culture. Elles sont donc évolutives et adaptatives, c'est-à-dire susceptible de profondes modifications et surtout de grandes bifurcations (non linéaires)

A partir de ce postulat, on peut changer la réalité de plusieurs manières:

- En changeant des mots et des contextes, afin de changer des perceptions.

- En construisant du sens en groupe c'est-à-dire par l'intelligence collective facilitée par les
réseaux et par la connaissance et l'usage des logiciels sociaux

- En disséminant ces nouvelles perceptions entre Créatifs Culturels
 
Au niveau global mondial, curieusement, et contrairement à ce que l'on pourrait attendre, c'est le monde de l'entreprise qui est le véhicule susceptible de mettre ce mouvement en place. En effet ce sont celles-ci qui ont échappé au contrôle des gouvernements locaux et qui ont adopté le système du gain comme moteur et mesure unique du marché global. Toutefois elles sont plus directement sensibles au vote des consommateurs. Lorsque ces derniers n'achètent plus la politique commerciale doit s'adapter sous peine de disparition.

 On peut donc se demander si le fait de la compétition effrénée et la perte du respect de l'humain et de la nature dont elles font presque toutes preuves n'est pas en fait une tendance à très court terme qui ne peut que présager un revirement prochain.

 Par ailleurs il existe déjà quelques entreprises qui sont dans une toute nouvelle logique économique. Centrées sur la réduction de leur empreinte écologique, et sur des critères humanistes, elles ont adopté des stratégies très différentes tout en obtenant d'excellents résultats en termes de croissance et de profits. Je reviendrai sur le cas de Interface Carpet et de son CEO Ray Anderson qui nous a exposé avec une immense modestie et simplicité son "épiphanie" Le site européen de cette société pas comme les autres.

 Bernard Lietaer, co-architecte de l'Euro nous a fait une présentation brillante et de très grande rigueur sur la différence entre les monnaies nationales et les monnaies d'échange (money and currency) Il propose la transformation à partir de la création de différents systèmes de payement orientés sur des aspects régionaux, écologiques et autres. D'avantage sur les moyens d'échange dans une prochaine communication. (Un sympathique blog rencontré par sérendipité) et Un interview qui vaut de l'or:

 Toujours dans le domaine du complexe et de la totalité, nous avons eu droit à d'autres communications impressionnantes de Elisabet Sahtouris pour le vivant et la biologie.Elisabet propose la création de "L'Université des Choses Vivantes". Googlez "earthdance"

Vandana Shiva Docteur en Physique quantique et défenseur de la biodiversité et des ressources locales et natives en particulier les semences. Sa lutte contre les brevets abusifs sur le vivant rejoint celle, tout aussi importante, de Laurence Lessig pour la liberté des idées face à l'appropriation des connaissances universelles et des contenus culturels historiques par les grands prédateurs multinationaux.

Lucian Gill, dont les projets de récupération des sols en Afrique et ailleurs sont des exemples de réussites extraordinaires, nous a montré combien des systèmes naturels et peu coûteux pouvaient être bien plus rentables que d'autres solutions techniques habituellement adoptées.Bien que leur supériorité en termes économiques ne soient pas contestables, ces solutions se heurtent surtout à une incapacité de concevoir les problèmes sous un autre angle (Thinking out of the box)

Enfin Deepak Chopra médecin humaniste engagé dans la promotion de la santé physique et mentale et auteur de 36 livres dont les "prescriptions" philosophiques couvrent tous les aspects de la crise mondiale. N'oublions pas que tous les paléontologues s'accordent sur le fait que nous vivons actuellement la sixième phase des grandes extinctions de l'histoire de la Terre. Pour ceux qui pensent que "une de plus est dans l'ordre des choses naturelles" il faut savoir que les précédentes ont duré de centaines de milliers d'années alors que celle-ci se joue en deux cents ans!

Apprendre du futur

De retour de Londres après trois jours d'inspiration à "Be The Change2005", je lis "Presence", le dernier livre de Peter Senge qui vient de sortir de presse au Royaume Unis.

En période de grands changements l'apprentissage du passé n'est pas de grande utilité. Il faut, nous dit-on, apprendre de l'avenir. Mais comment faire? Dans cet ouvrage qui va bien au-delà de cette approche, on découvre combien le paradigme des entreprises est en train de changer. Si des Gurus comme Senge ou des experts de McKinsey osent parler de transformation personnelle, de connaissances de la totalité à partir de la conscience profonde qui vient du cœur, et d'autres expériences initiatiques et chamaniques, quelque chose se passe.

 Je retrouve dans ce livre la description des scénarios, promus par Shell, qui ont facilité une transition pacifique il y a déjà quinze ans lors que le président de Klerk initia officiellement la procédure d'abandon de l'apartheid en Afrique du Sud. Réunissant des représentants d'un futur gouvernement multiracial, cet apprentissage de l'avenir (pas encore écrit) consistât en 4 scénarios:

 L"Autruche" correspondait au statu quo, le "Canard boiteux" représentait un gouvernement dans lequel les noirs obtenaient des pouvoirs si limités qu'ils ne pourraient pratiquement pas agir. Dans "Icare" les réformes économiques et les nationalisations étaient tellement radicales que l'envol serait interrompu à cour terme, et enfin, "Flamant" (rose), qui n'attirait personne parce que ces oiseaux prennent leur essor très lentement, mais qui fut le choix définitif comme le seul viable parce qu'ils s'envolent tous ensembles. C'est dans "Wired" que j'avais trouvé cette anecdote il y à plus de dix ans.

 "Be The Change" est une expérience de ce grand désir de changement partagé par ceux, de plus en plus nombreux, qui veulent agir pour sauver la planète tant qu'il en est encore temps.

 Je voudrais partager certains moments très exceptionnels de ce rassemblement de trois jours au "Frend's House" dans les prochains "post" au fur et à mesure que je réécoute quelles que unes des meilleures conférences.

Les Wikis

 Je viens de terminer le livre de Jérôme Delacroix: "Les Wikis, Espaces de l'intelligence collective" chez M2 éditions ISBN: 2-9520514-4-5 (je ne perçois pas de commissions sur les ventes et mon opinion est donc désintéressée économiquement parlant, mais très intéressée en ce qui concerne le partage des connaissances)

C'est un livre remarquable, clair et simple et parfaitement compréhensible même pour un utilisateur de longue date des nouvelles technologies, mais assez ignorant en aspects techniques comme moi. C'est de l'information pratique de la meilleure qualité sans pour autant perdre de vue la rigueur et le contexte dans lequel ces outils se sont développés.

Dans mon rapport sur l'espace global de travail, j'avais prévu dans les annexes une note sur les logiciels sociaux qui m'apparaissaient alors comme une tendance forte de cet espace. Finalement je ne l'ai pas publiée devant le peu d'enthousiasme des experts dont j'étais chargé d'étudier les projets. Je le regrette, mais le monde n'y a rien perdu car des auteurs comme Clay Shirky, Howard Reinghold, Reed, Scarver et d'autres nous ont donné de nombreuses pistes.

Jérôme Delacroix aborde également les aspects sociaux et l'impact des Wikis sur l'intelligence collective. Il a également le mérite d'analyser les avantages et limitations de ce phénomène récent et de ses applications dont Wikipedia est un exemple frappant. Je le trouve toutefois trop prudent lors qu'il aborde les points faibles de cette encyclopédie collective en se demandant si l'absence d'un processus de validation peut conduire à de la connaissance. Il nous rappelle toutefois que dans l'histoire, les connaissances validées par les plus hautes autorités et par le bas peuple ont accepté le concept d'une terre plate. Qui aurait pu valider la nouvelle connaissance de Galilée? C'est en définitive le problème éternel de "Qui juge le juge?"

Personnellement je préfère le doute et le contraste entres les opinions qui résultent du débat. Ayant évolué dans le monde des experts j'en ai conclu qu'il y avait beaucoup de ce phénomène d'inceste mentale que dénonce Uffe Ekbaer. À ce sujet, il est hautement recommandable de lire "Contre la méthode" de Feyerabend. Bien entendu il est dangereux de s'opposer aux connaissances d'un paradigme donné comme le montre la biographie de cet auteur.

Un autre aspect intelligent du livre de Jérôme Delacroix  est sa prolongation voulue par l'éditeur dans un Wiki où on trouve des mises à jour et sur lequel on peut pratiquer l'édition des pages à distance. C'est donc plus qu'un livre, c'est un document dynamique, évolutif et adaptatif, un atelier pratique qui est tout à fait dans la logique des ces nouveaux outils. L'auteur est un de ces rares experts qui sait communiquer avec le grand public. À ne pas manquer.